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Une petite nouvelle de René sur ces expériences équestres, drôle assurément, pour qui a déjà monté à cheval.
« Et pour René ce sera Kena… »
« Oh, c’est trop bien, Kena, elle est super, tu verras elle est tranquille… » S’exclamaient les filles. Et Mégane de rajouter : « Je l’avais l’an dernier, qu’est-ce qu’elle est douce, je vais la regretter. »
Bon, je me dis que ça va aller. Je fais confiance à Anne-Cé. Elle connaît les chevaux. Et elle connaît aussi mon niveau : zéro avec rien derrière la virgule.
Mais ce séjour rando-loisir était l’occasion d’être plus proche de Liza et d’Anne-Françoise pendant cinq jours dans l’activité qu’elles préfèrent. Et pour moi, découvrir le cheval, ce serait au Vergier ou jamais.
Donc, cette première matinée, pleine d’appréhensions, me fait rencontrer Kena : superbe jument avec le physique d’un cheval de trait : on peut donc supposer que cette masse puissante doit être effectivement docile.
Et me voilà sur le dos de cette élégante potelée. Mon Dieu, mais ça bouge ! Et là, elle n’avance même pas ! Il y a bien des étriers, et il parait qu’il faut serrer les jambes en allant chercher dessous son ventre. Mais où est le dessous ? J’ai beau avoir des membres de grand garçon, aller donc faire le tour du ventre de Kena : le confort du dos large a les revers d’une circonférence impossible à étreindre même avec tout l’amour que nous allons développer l’un pour l’autre et que j’ose à peine avouer aujourd’hui (j’ai quand même un doute : est-ce que Kena ne préférerait pas les pommes ou les carottes, voire le pain rassis ?).
Je vous passe les moments d’insécurité totale qui ont émaillé chaque minute de ma formation concentrée : à peine maîtrisée, la houle provoquée par cette machine au pas, sans aucun volant, ni accélérateur, ne parlons pas des freins…, voilà qu’il faut se mettre à compter un, deux, un, deux, un…, oh là, bon sang, mais j’ai des étriers, « abaissez les talons René, regardez devant vous, tenez vous bien droit, regardez où vous voulez aller… » Mais oui, Marion, je vais y arriver, merci Marion de vouloir tout m’apprendre en une leçon, je vais repenser le trot attelé, pardon le trot enlever, pendant toute la nuit.
Ouf, c’est fini. Que c’est bon de passer de la pommade sur les fesses. Demain est un autre jour…
Non, non, cet après midi, balade… à cheval.
Alors là, révision en situation : René… Renato ! Accompagne le mouvement chaloupé de Kena, mais en poussant quand même à chaque pas avec le bassin et les jambes, sinon on va prendre trop de retard sur la file des autres cavaliers. Stimuler un quinze tonnes ça fait terriblement chauffer les fesses, même avec de la pommade.
Bon, nous voilà partis, avec des montées, des descentes…, tiens ! Ai-je bien entendu ? On va passer au trot ? Accroche-toi à la crinière ! Un, deux… Quoi ? Mais, c’est pas du trot ça ! Evidemment, comme on avait pris du retard, Dame Kena s’est payé un petit passage au galop : tiens bon René… Renato !
Alors je ne vais pas vous raconter tout ça dans l’ordre, mais cette fierté du premier jour, où je ne me suis pas cassé la figure, même pendant les deux passages au galop improvisés, est vite retombée à chaque expérience nouvelle qui venait briser les petites sensations acquises.
Je pensais ma solide Kena à la hauteur d’une assurance tous risques : boum, en descendant au PTV, ma belle trébuche et s’étale lamentablement, dans un itinéraire qu’elle fait plusieurs fois par jour depuis des années ! Renato n’a pas chu, remarquez. Mais après ça, chaque descente devenait un péril, et en Ardèche, cherchez un endroit sans montée et donc, sans descente…
Je croyais le pas de Kena exemplaire, ce qu’elle sait faire de mieux avec son physique : mais au bout de quelque temps, Marion (galop cinq) me confie qu’elle a dû la monter trois journée avant de trouver son rythme.
Maitriser le trot enlevé, peut-être pas, mais au moins ne plus le craindre, cela a été pour moi une étape pleine de douceur… jusqu’à la fameuse balade où un trot annoncé s’est transformé en galop généralisé. Et, pour tenter de rester le maître incontesté de notre couple improbable, j’ai dispersé toute mon énergie à hurler « Kena, non !... Non Kena ! » sans succès, puisque tout le monde galopait joyeusement, et à me tenir sur un dos déchaîné avec le reste d’énergie, actionnée par un instinct de survie bien utile en ces circonstance.
Ce n’est que le dernier jour que j’apprends, toujours de la technicienne Marion, que Kena ne savait pas galoper ! J’étais en train de raconter le dernier galop de la randonnée. Celui-là n’avait pas été confortable du tout : Kena, en se lançant, a commencé par trébucher, et prendre du retard encore une fois. Son rétablissement l’a propulsée dans des sauts qui m’ont parus totalement désordonnés. Chacun d’entre eux m’expédiait dans une situation où il n’était plus question de penser à mes pieds, toujours dans les étriers, mais totalement inutiles à cette hauteur. Retomber n’était qu’une formalité de yo-yo pour rebondir vers d’autres destins.
Mais les spécialistes de la torture équestre qui m’entouraient avaient régulièrement des paroles réconfortantes, du style : « Chapeau René, tu t’en sors super bien… Eh les filles, vous voyez tout ce que René arrive à faire aujourd’hui alors qu’il n’était jamais monté avant lundi… » Et Anne-Françoise d’en rajouter : « Mais René comprends vite, il est sensible… » Et Liza : « Comment tu fais papa, pour danser comme ça avec Kena, on dirait les cavaliers espagnols… »
Et allez donc, pas moyen de s’en sortir honorablement. J’aurais pu, à un moment, dire que mon genou me faisait mal, que les chirurgiens que j’avais consultés me poussaient à l’intervention, et qu’il ne fallait pas aggraver le mal… Mais les héros n’ont jamais mal… au cinéma. Continue, Renato !
Et Anne-Cécile, au cours de la randonnée : « Alors, René, les fesses ? » Je répondais : « ça va, j’en ai ».
Or, le matin du départ en randonnée, où je mesurais bien le nombre considérable de risques que j’étais en train de prendre, et pas seulement pour mes fesses ou mon égo, je sentais quelque chose de nouveau comportement de Kena.
Nous n’étions pas déjà un vieux couple, mais quand même, je la sentais plus fringante, pour ne pas dire frétillante. C’est sûrement qu’elle aime les randonnées, me suis-je dit, et qu’elle commence à apprécier ma personnalité, mon humour, ma douceur légendaire et mon physique, surtout ma moustache.
C’était le début d’une nouvelle aventure sur le dos d’une puissante échevelée, qui regardait partout, s’autorisait à croquer les branches basses dans les descentes les plus délicates sans trébucher, pressait brusquement le pas après une rêverie, allait voir les copines et les copains… surtout les copains. « Mais elle doit être en chaleur » lance Anne-Cé.
Et voilà, c’est le bouquet !
On me confie gentiment à un monstre équin qui a un pas impossible à décoder pour apprendre à chevaucher au pas, qui a un trot houleux et qui ne sait pas galoper, pour apprendre les différentes allures, et comble de bonheur, elle en chaleur…
Mais j’y repense encore : Kenavo Kena. Au revoir, tu m’as donné envie de tout réessayer une prochaine fois… avec un vrai cheval. Et Anne-Cécile te proposera peut-être désormais un vrai cavalier à la hauteur de ta personnalité.
Fin
René Richard (alias Renato) 2006
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